Toponyme

Aïn en Naia

Emplacement

36.41° N, 9.202° E, h. 571 m.

Sommet du pont H 574.69. Vallée de l’oued ez-Zaouïa provenant de la source en-Naïa, captée sous le pont. À 9589.55 m à l’est du bassin de captage (site 310) et à 129.68 m à l‘est du dernier regard visible (site 419).

Description

Le moins monumental des sept ponts de l’aqueduc, le pont à 10 arches, long de 73 m, haut de 6m et large de 1.80-1.85 m, enjambe un affluent de l’oued ez-Zaouia pour relier les deux sections du canal souterrain (specus) qui vient du sud-ouest et continue vers le nord-est en direction de Thugga. Bien qu’il soit près de la cité, le pont ne dispose pas d’un parement de blocs bossés, qui confère de la monumentalité aux six autres ponts enfoncés dans la campagne: il pourrait être question d’une interruption du processus de construction, ou d’un ajout postérieur devenu nécessaire quand on a décidé de creuser le specus dans le trèfle en contrebas de la colline Fedj al Hjar, en prolongeant l’aqueduc de 1.24 km avec la conséquence de devoir construire un septième pont.1 La fissure créée dans le specus du même côté de la colline à 776 m à l’ouest du début du trèfle (site 322) peut avoir découragé les constructeurs à le faire avancer sur cette pente. Les regards construits dans le parcours à trèfle en bas de la colline Fedj à Hjar ne diffèrent pas des autres en termes de technologie, matériaux et structure architecturale. Tout le tracé des 130 regards semble être construit pendant la même période. La maçonnerie du bassin de captation d’Aïn Hammam (site 310) est semblable à celle du pont, de sorte qu’on peut supposer que la première et la dernière structure de l’aqueduc remontent à un même projet, et au même stade d’exécution. Le canal est soutenu par dix arches construites sur des coffrages de planches recouvertes d’un lit de roseaux qui ont laissé leurs empreintes sur l’intrados de la voûte. Les fondations à semelle continue sous les arches ont assuré sa statique jusqu’à nos jours. Ici on a appliqué le même principe que pour le barrage du pont 197. Les fondations ont servi aussi pour soutenir le couchis du cintre pendant la phase de construction. Une assise de moellons de calcaire gris a été insérée à l’imposte des arcs. Les petits claveaux rayonnants des arcs frontaux sont en calcaire gris; par contre le parement du côté ouest, exposé aux intempéries et le vent du nord-ouest, est en blocs de grès jaune. On note la même alternance de matériaux dans le specus au-dessus des arches du pont site 213. Cette technique caractéristique commune est un argument en faveur de la construction contemporaine du pont (site 050) et du reste de l’aqueduc. La façade orientale présente des joints pleins et regarnis de mortier qui couvre le côté inférieur et parfois l’entière face de parement des moellons de l’opus vittatum. Les joints entre les voussoirs des arcs et des assises des moellons bavent et débordent sur les moellons. Ils sont aplatis à la règle horizontalement, après coup, avec grande précision, similaire au procédé du bassin de captation à la naissance de l’aqueduc (site 310) et des parois intérieures du specus sur le pont 213: c’est une deuxième caractéristique commune avec ce dernier. Les joints ne semblent pas avoir été retracés à la truelle à la langue de chat mais avec un roseau dont les nervures ont laissé des traces sur le mortier. L’érosion du sol aux deux extrémités nord et sud de la façade orientale est visible sur le mur de la culée adossée, jadis au terre-plein. Les moellons en pose radiale (comme  voussoirs) du deuxième arc frontal du nord sur le côté oriental ont été enlevés. Les moellons rayonnants des autres arcs frontaux sont de longueur différente en formant un extrados en dents de scie pour assurer une meilleure cohésion entre les arcs et les voûtes construites sur des coffrages. L’intérieur du canal (specus) au-dessus du pont est revêtu d’enduit étanche de tuileau jusqu’à la hauteur de 40 cm. L’étanchéité du joint entre le bas-fond et les parois est faite de solins en ‘quart de ronde’ d’enduit hydraulique de tuileau. L’enduit est recouvert d’une concrétion calcaire d’eau (sinter) dans la partie inférieure de la paroi seulement. La voûte du tronçon à l’air libre est effondrée, elle est visible dans les extrémités où le specus sort de la terre et à l’endroit où la voûte montre les empreintes du coffrage à planches longues de 0.70 m.

Un réservoir moderne de captage de l’eau de la source en-Naia a été construit en aval contre les blocs de fondation.

 

[1] DFH 43, pp. 124-7 se réfère à une restauration qui a eu lieu en 376/377, mais la technique de la construction du pont, des regards voisins et du bassin de captation d’Aïn Hammam est partout la même et ne présente pas d’interventions de restauration.

Citations site

Carton 1897, 63:

"Ce pont-aqueduc diffère notablement de ceux qui ont été décrits jusqu’ici. Les piliers n’ont plus de beau revêtement en pierres ornées de bossages, mais sont simplement en blocage. Il semble que cet ouvrage, édifié avec moins de luxe que ceux du même genre qui existent en amont, ait été construit à une époque ultérieure, durant laquelle on ne savait ou l’on ne pouvait plus, à Thugga, débiter et tailler la pierre comme par le passé. À deux cent mètres environ au-dessous de l’enchir ElBouïa on trouve, auprès de l’aqueduc devenu de nouveau souterrain, un regard qui n’est pas sur le trajet de la conduite, mais qui semble la quitter pour aller dans la direction de ceux que j’ai déjà signalés comme ayant une direction analogue, près du temple d’ElBouïa. Si l’on examine le plan ci-joint de l’aqueduc de Dougga, on remarque que la ligne qui réunit ces deux groupes de regards coupe directement la base du massif de collines que contourne fort longuement l’aqueduc. Or, le sol, le long de cette ligne, est fort marécageux et sans consistance. Il se peut que primitivement la conduite ait suivi le chemin le plus court en passant par cette ligne et ces regards, qui sont maintenant en dehors de son trajet, mais que la nature du terrain qu’elle traversait ainsi, l’exposant sans cesse à des ruptures ou à des infiltrations, on ait pris ultérieurement le parti de lui faire un grand détour sur le flanc des collines voisines. C’est alors seulement que l’on construisit le pontaqueduc d’El-Bouïa. Et l’on s’explique ainsi que n’étant pas de la même époque que ceux qui sont en amont, il n’ait pas les mêmes caractères."

Carton 1897, 62:

"Très sinueux, et faisant un grand détour pour contourner une colline, l’aqueduc passe ensuite à l’enchir El-Bouïa sur un pont. Le specus a 1m25 de hauteur sur 0m56 de largeur, les parois ont 0m62 d’épaisseur."

de Vos 2004, 18.

de Vos 2000, 31, fig. 49, 71, 93.1-4.

de Vos, Attoui and Battisti 2013, 49-52.

Bibliographie

Carton, L. (1897). Essai sur les travaux hydrauliques des Romains en Tunisie. Tunis. Bibtex
de Vos, M. (2004). «Loca neglecta». In: Archeologia del territorio. Metodi, materiali, prospettive. Medjerba e Adige: due territori a confronto. Edited by: M. de Vos. Labirinti 73. Università degli studi di Trento. Dipartimento di Scienze Filologiche e Storiche: Trento, pp. 9-55. Bibtex
de Vos, M. (2000). Rus Africum: Terra, Acqua, Olio nell'Africa Settentrionale: Scavo e ricognizione nei dintorni di Dougga (Alto Tell Tunisino). Labirinti 50. Trento: Università degli studi di Trento. Dipartimento di scienze filologiche e storiche. Bibtex
de Vos, M., R. Attoui and A. Battisti (2013). Rus Africum. Tome II: le paysage rural antique autour de Dougga: l'aqueduc Äin Hammam-Thugga, cartographie et relevés. Bibliotheca Archaeologica, 34. Bari: Edipuglia. Bibtex

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